Roch Voisine : le
retour
Il avait cassé la baraque à la fin des années
80 porté par une série de tubes dont l’incontournable “Hélène”. Cinq
ans d’absence dans l’hexagone puis un nouvel album, “Chaque feu…”,
sorti au printemps marque le retour de Roch Voisine. Poursuivant son sillon
folk-rock, le canadien s’est notamment entouré d’Erick Benzi et Gildas
Arzel (complices de Goldman) pour cet opus marqué par le sceau de la maturité.
L’occasion d’évoquer le passé, le présent et l’avenir…
Opinion Indépendante
: Comment vous définiriez cet album ?
Roch Voisine : On a travaillé sur trois plans assez précis qui définissent
assez bien l’album. On s’est penché sur les textes, puis sur la production
elle-même en simplifiant beaucoup de choses, ensuite concernant l’interprétation
- malgré la mode des opéras rock - je n’ai pas voulu crier ni chanter très
haut ou très fort. J’ai même cherché quelque chose de plus intimiste, comme
si je parlais aux gens qui écoutent en leur faisant presque oublier que je
chante. Je crois que c’est un album qui dénote une certaine maturité par
rapport à ce que je faisais avant. Cela faisait cinq ans que je n’avais pas
fait d’album en français et le premier album est sorti voilà maintenant dix
ans, il était important - sans vouloir suivre les modes et changer radicalement
- d’amorcer un virage pour les dix ou quinze prochaines années.
Vous avez déclaré
que cet album “correspond à ce que j’avais désormais envie de chanter”.
Cela signifie-t-il que vous avez pu chanter des choses dont vous n’aviez pas
forcément envie ?
Disons qu’après un succès comme “Hélène”, il y a très certainement
une part de marché à garder et on fait des concessions. Mais je n’ai pas
l’impression, même à cette époque-là, d’avoir suivi la mode musicale. Je
faisais des choses classiques : balades, rock… Ce que je voulais dire par-là
c’est que la maturité permet de savoir ce que l’on veut chanter et ce que
l’on réussit à chanter. On peut toujours s’éloigner de la pensée et de
l’envie initiales. Aujourd’hui, cela m’est plus facile d’être plus près
de moi-même dans ma façon de chanter et de jouer. Cela ne veut pas dire que je
ne faisais pas ce que je voulais avant mais que je n’arrivais peut-être pas
à le faire aussi directement.
Le fait de revenir,
après des années où vous n’avez pas occupé la scène artistique et médiatique,
est-il plutôt un atout ou un handicap ?
Je n’ai pas été au premier plan médiatiquement en France mais je
travaillais ailleurs. Moi, je vois ça comme une petite pente à monter :
rejoindre un public qui est là. La seule difficulté c’est réussir à dire
aux gens que l’on est là. On appelle ça de la promo… Le côté positif de
ces cinq ans où l’on ne m’a pas vu c’est d’avoir permis aux gens
d’oublier le “phénomène” pour pouvoir maintenant s’intéresser à
l’artiste et à la musique. C’est un plus. Cet album marque un tournant et
un début.
Durant cette période,
vous avez travaillé aux États-Unis avec des musiciens comme David Foster.
Qu’est-ce que cela change par rapport aux musiciens français ?
Rien ne change vraiment sauf le “plat” que l’on fait. Chez les grands
producteurs américains, c’est souvent plus impersonnel. Avec David Foster, on
a écrit une chanson ensemble. Il est retourné à Los Angeles où il a fait la
piste. Il est revenu à New York, j’ai chanté, il a mixé et basta… Avec
Erick Benzi, c’est beaucoup plus personnalisé. On travaille tous les deux, on
passe des semaines ensemble à travailler sur les titres. Cela ne veut pas dire
que les américains ne le font pas non plus. Cela dépend avec qui on travaille
et du rapport que l’on établit.
Sur un plan technique,
que vous a appris votre expérience aux États-Unis ?
Cela m’a appris à travailler un peu plus en équipé notamment dans l’écriture.
Sans le côté péjoratif du mot, j’ai découvert une façon de travailler un
peu plus “industrielle” avec des collaborations plus ou moins forcées entre
les auteurs et les compositeurs. C’était nouveau mais je n’ai rien appris
d’autre car j’avais toujours un peu travaillé à la mode américaine, de façon
très rigoureuse.
Vous êtes canadien et
vous chantez aussi en anglais. Est-ce que des artistes comme Robbie Robertson ou
Daniel Lanois vous ont marqué ou les avez-vous écoutés ?
Robbie Robertson ne fait pas vraiment partie de ma génération. C’est
d’abord et avant tout “The Band”. En revanche, dans le paysage musical
canadien, quelqu’un comme Robbie Robertson est un monument. Il est
incontournable mais beaucoup plus au Canada anglais. Pour ce qui est de Daniel
Lanois, on le connaît plus pour son travail de producteur et de réalisateur.
Il a un regard très international et on ne peut pas dire qu’il donnait un son
canadien à U2.
Votre image vous
préoccupe-t-elle ?
On ne vit que de ça… C’est un peu dommage même si le public européen et
français ont besoin d’autres choses. Partout ailleurs, c’est le plus
important. Il suffit de regarder ce qui passe à la TV et ce qui est au
hit-parade. Si on enlève l’image, il ne reste plus grand chose. Ce n’est
pas nous qui faisons ces règles mais le public.
Vous vous êtes
toujours reconnu dans l’image que donnaient les médias de Roch Voisine ?
Mon image était beaucoup plus large que ce l’on en a retenu. Dans l’image
que j’ai projetée, je me suis bien senti. Elle a évolué. Le phénomène en
France au début a été tellement énorme que l’on ne peut s’empêcher dix
ans après de parler de “chanteur pour jeunes filles”. Oui, il y en a peut-être
encore quelques-unes mais les jeunes filles d’il y a dix ans sont des jeunes
femmes ! Je crois que cela va changer. Ce sont de vieilles habitudes qui durent
depuis dix ans. Je fais de la musique pour qui veut bien m’écouter. C’est sûr
que c’est beaucoup plus ciblé sur les femmes que sur les hommes mais la
tranche d’âge est très large.
Le texte d’une chanson comme “Un simple gars” ne vous résume-t-il pas
votre démarche aujourd’hui ?
J’avais besoin d’une chanson comme ça qui dise qui je suis et ma raison
d’être face à un public. C’est un genre de mise au point.
Le retour sur scène
est-il prévu ?
Oui, on prépare le nouveau spectacle pour le mois d’octobre. On va faire des
concerts fin octobre/début novembre au Canada puis un concert à Paris avant Noël
pour montrer combien le spectacle a changé. Ensuite, il y aura une tournée au
printemps 2000.
Propos recueillis
par Christian Authier
“Chaque feu…” BMG.